Feuilleter l’album d’un événement culturel nommé Bex & Arts pour en retrouver la toute première image, l’étincelle du souffle de vie initial, c’est s’attarder sur celles et ceux qui en ont pensé et écrit la première page. Au commencement de cette belle aventure, deux chemins qui se croisent sur des sentiers artistiques au hasard d’un heureux caprice du destin. «En 1968, j’ai suivi un cours de théâtre à Aigle donné par Gil Pidoux. C’est là que j’ai rencontré André Raboud. Depuis, André et moi, on ne s’est plus quitté», raconte Suzanne Cadosch. Un homme, une femme, un tandem de bâtisseurs qui allaient, dix ans plus tard, en 1978, poser la première pierre d’un édifice qui ne s’appelait pas encore Bex & Arts.
Née à Aubonne, Suzanne Polier – qui allait devenir plus tard Suzanne Cadosch en épousant Pascal – a trempé dans un bain artistique dès son plus jeune âge. «J’ai grandi dans un milieu hautement musical, ma grand-mère et ma tante étaient violoniste et pianiste.
J’ai fait un peu de guitare, mais comme on a déménagé une dizaine de fois avec mes parents, en suivant les pérégrinations de mon père, artiste et comédien, il a été difficile de persévérer, faute de stabilité. » Dès l’adolescence, Suzanne s’éprend fortement de culture, tous horizons confondus. A une exception près. « C’est grâce à André Raboud que je suis venue à la sculpture ; avant, je ne connaissais guère que les œuvres de Constantin Brancusi », admet très modestement la dame qui revendique des goûts culturels très éclectiques.
C’est en 1977 que germe dans les cerveaux du tandem Cadosch-Raboud l’idée d’une exposition qui permettrait d’initier à la culture contemporaine les habitants de Bex et du Chablais. Qui plus est, de faire rayonner la région ailleurs en Suisse. Le choix du lieu s’est rapidement imposé : le magnifique parc ombragé de grands chênes de la Tour de Duin, propriété de la famille Cadosch, semblait tout indiqué. Un an plus tard, le 8 juin, le vernissage de cette première expo en plein air battait son plein.
«Entrée gratuite, atmosphère festive, belles rencontres, échanges, partage, notre façon d’orchestrer les choses était très artisanale. Les artistes présents se montraient disponibles et très accessibles. C’était une autre époque».
L’expo 78 ayant été une réussite, l’idée d’une suite a rapidement fait son chemin. La commune, sous l’impulsion du syndic d’alors Aimé Desarzens, entre en jeu et accorde son soutien à la manifestation. Si jusqu’ici l’époux de Suzanne, Pascal Cadosch, qui n’était pas étranger au projet, était resté en retrait à cause de sa fonction de conseiller municipal, celui-ci va aussi entrer en scène. Il occupera la présidence du premier comité d’organisation de ce qui deviendra, à partir de cette deuxième édition en 1981, la Triennale Bex & Arts. Quant à Aimé Desarzens, il prendra le présidence de la Fondation créée en 1989. Chassé-croisé, passage de témoin… Lorsque le monde politique s’empare de l’aventure, Suzanne décide de se retirer en coulisse.
Initiatrice inspirée et inspirante, toujours aussi enthousiaste, elle nous lègue cette jolie phrase en guise de résumé d’une existence: «J’ai été un peu la muse des artistes». Une pionnière aussi…