BEX & ARTS

Portraits des pionnier·e·s
Aimé Desarzens

Exercice périlleux s’il en est que de résumer en quelques lignes la vie et les multiples activités d’Aimé Desarzens. Tour à tour barman, graphiste, typographe, maître de dessin, dessinateur architecte, il a mené parallèlement une carrière politique marathonienne : conseiller communal, puis municipal et syndic (1978 à 1993) de Bex, enfin député socialiste au Grand Conseil (1970 à 1990). Ce touche-à-tout a aussi joué un rôle de premier plan dans l’essor de la Triennale Bex & Arts.
Né en 1923, il a développé très tôt sa fibre sociale : dès l’âge de 15 ans, élevé à la dure lorsque son père lui faisait « casser des cailloux » dans la carrière familiale de Gipsunion, il a été révolté par la manière dont étaient traités les ouvriers. Il sera dès lors toujours du côté des opprimés et des démunis. Cette conviction profonde lui a notamment fait répondre favorablement à la demande des autorités fédérales d’ouvrir un centre d’hébergement pour requérants d’asile dans sa commune en 1982 et l’a incité à créer le service social régional. A chaque fois, le syndic cherchait à convaincre au lieu d’imposer, s’entourait de groupes d’appui multipartis et impliquait la société civile pour faire passer les projets auxquels il croyait. Ajoutons encore pour compléter le tableau le jumelage en 1979 avec la ville allemande de Tüttlingen, qui officialisait 21 ans d’échanges scolaires.

Le social et le politique d’un côté, la culture de l’autre. Très jeune, Aimé Desarzens a été attiré par les arts. Contraint par son père à faire un apprentissage dans l’hôtellerie, il a ensuite suivi une formation aux beaux-arts et a appris l’art du portrait avec Frédéric Rouge. Des années plus tard, en 1978, devenu syndic et soucieux de dynamiser la vie sociale et culturelle de sa commune, il voit tout l’intérêt qu’elle aurait à reprendre l’idée de l’exposition de sculpture contemporaine organisée par André Raboud et le couple Cadosch dans les jardins de la Tour de Duin. L’impulsion est donnée : dès 1981, Aimé Desarzens sera l’un des promoteurs et des plus fervents partisans de la triennale. « Il faut faire descendre la culture dans la rue, faire participer la population et offrir une vitrine aux artistes romands », se plaisait à clamer ce syndic proche de ses administrés, qui portait parfaitement son prénom.

Rassembleur, au-dessus des querelles partisanes, enthousiaste, Aimé Desarzens a été à l’origine de nombre d’autres projets artistiques. En plus du Comptoir de Bex qu’il a toujours soutenu, c’est grâce à l’une de ses initiatives que la Commission culturelle de Bex a vu le jour, qui propose chaque année des concerts, des spectacles, du théâtre et des expositions. On le retrouve aussi derrière les Ateliers de Solalex, organisés annuellement en alternance avec la commune de Gryon et qui font la part belle à l’artisanat, à la peinture et à la poterie. Et s’il n’était lui-même pas musicien, Aimé Desarzens a créé la Cave à jazz en 1976, qui a programmé des concerts pendant 17 ans, où se sont notamment produits ses deux fils et son beau-fils. Cave qui s’est muée en Trappe en 1993, qui a accueilli jusqu’en 2008 divers spectacles d’humour, de chanson puis des groupes de musique plus « jeunes ».
Toujours à l’écoute des autres, bon vivant, connu pour ses bracelets, son collier et sa lavallière comme pour ses coups de gueule et son combat contre les déchets nucléaires de la Cedra, Aimé Desarzens ne manquait jamais une occasion de dire que la culture est un extraordinaire moyen de communication.

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